Test CINtec® PLUS : identifier les lésions de haut grade

Utilisé depuis quelques mois, le test CINtec® PLUS, des laboratoires Roche Diagnostics, permet d’identifier, au cours du dépistage, les patientes présentant un risque de lésion de haut grade et de mieux les orienter vers une prise en charge efficace. C’est un outil supplémentaire à disposition des gynécologues et des laboratoires d’anatomopathologie qui représente une vraie avancée dans le dépistage du cancer du col de l’utérus. Les recommandations de l’INCA sont attendues fin 2016.

Deux spécialistes du dépistage du cancer du col nous en parlent :

Dr Patrick Raulic, gynécologue à Lyon (69),

nsmail-33

 Dr Michel Labadie, anatomo-pathologiste à Limonest (69).

photo-portrait-labadie

 

Pourriez-vous nous présenter le test CINtec® PLUS et ses indications ?
ML : A partir de frottis réalisés en milieu liquide, le test CINtec® PLUS détecte la co-localisation dans une même cellule des biomarqueurs p16 et Ki67 et identifie au cours du tri (patientes diagnostiquées AS-CUS et LSIL) les femmes qui doivent être référées en colposcopie (1, 2, 3).
Le test cytologique CINtec® PLUS a la même sensibilité que le test HPV et une spécificité pour le diagnostic de CIN2+ multipliée par 2.
PR : D’après les études de C. Bergeron et D. Schmitt, pour les patientes concernées, le test présente un taux de spécificité 2 à 3 fois supérieur au test HPV – de 70 à 74 % – ainsi qu’une excellente valeur prédictive négative à 98 %. Il faudra probablement réviser légèrement ces taux à la baisse lors de la généralisation du test, de même que sa valeur prédictive positive qui selon les études se
situe à 26 % ou 59 % 1, 2, 3.
ML : Nous l’utilisons sur tous les LSIL et sur les AS-CUS de moins de 30 ans. Dans ce cas particulier d’AS-CUS chez une femme jeune, le test HPV est positifà 75 %, alors que le CINtec® PLUS va être négatif à 75 % ! C’est une très bonne indication. Cette différence de résultat s’explique par le fait que L’INFECTION N’EST PAS LA LESION !

En quoi le test est-il une réelle avancée ?
PR : L’utilisation de ce test va éviter d’orienter systématiquement les patientes vers une colposcopie, en cas d’AS-CUS chez les moins de 30 ans ou de bas grade, et de limiter ainsi leur stress et surtout l’engorgement des consultations hospitalières, l’attente pouvant dépasser 3 mois pour une colposcopie.
ML : Le CINtec® PLUS est une réelle avancée pour le cytologiste ! Il faut savoir que la cytologie telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui a été mise au point en 1945 par le Dr Papanicolaou, avec peu de progrès et de changements jusqu’à ce jour. La seule modification notable a été l’introduction de la lecture assistée par ordinateur, qui reste basée sur l’interprétation de la coloration de Papanicolaou. En biopsie cervicale, l’Ac p16 a déjà beaucoup apporté au diagnostic depuis 10 ans, on n’envisage pas de lire une biopsie sans avoir recours à ce marquage dans de nombreuses situations. Avec le CINtec® PLUS, double marquage de p16 et Ki67, le progrès est que l’on met en évidence au microscope les cellules transformées, dysplasiques. Elles sont facilement repérables. Ce n’est PLUS une interprétation faite à partir de la morphologie.

Le CINtec® PLUS représente quelle activité dans votre laboratoire ?
ML : Depuis son démarrage en avril 2016, nous avons tracé la totalité des tests, l’activité CINtec® PLUS représente entre 2,5 % à 3,5 % de tout l’ensemble des cytologies en milieu liquide. Et notre laboratoire traite près de 9 000 cytologies en milieu liquide/mois.

Comment et par qui la décision de pratiquer le test est-elle prise ?
PR : Tout comme pour le test HPV, la décision vient du laboratoire qui nous informe d’abord du résultat du frottis puis de celui de CINtec® PLUS par un courrier.
ML : Notre laboratoire a toujours été à la pointe de l’innovation, les correspondants ont l’habitude de nous faire confiance et de nous suivre. Ils nous laissent donc décider des critères de sélection. Concrètement, nous avons envoyé à nos correspondants ce message : nous sommes convaincus de l’intérêt du CINtec® PLUS dans le triage des AS-CUS et des LSIL, si vous ne manifestez pas votre désaccord, nous l’utiliserons, conformément aux recommandations de l’INCA, pour les patientes concernées. La collaboration entre l’anatomo-pathologiste et le correspondant est primordiale. Nous sommes passés à une cytologie de dépistage ET de triage. Ce triage ne peut bien se faire que si nous sommes en possession de tous les renseignements cliniques de la patiente apportés avec le frottis : âge (pour les ASCUS), antécédents…

Introduisez-vous dans votre compte-rendu une notion de prise en charge dépendante du résultat du test ?
ML : Toujours ! Dans notre logiciel maison d’enregistrement des résultats de frottis, dès qu’un résultat CINtec® PLUS est introduit, positif ou négatif, avec validation par la présence de témoins internes, un compte rendu est automatiquement édité avec en conclusion une proposition de prise en charge adaptée. Le choix des mots est important pour ne pas effrayer la patiente, pour un résultat positif la solution proposée sera « indication de colposcopie », pour un résultat négatif ce sera « rester dans la surveillance des lésions de bas grade ».

Quel coût pour les patientes ?
PR : Ce test d’immuno-marquage (NDLR : remboursement du test = 48€) est intégralement pris en charge par l’assurance maladie, les patientes ont simplement à faire l’avance des frais, ce qui est généralement bien accepté.
ML : Le CINtec® PLUS utilise la cotation de l’immunocytologie. Il n’y a donc pas de surcoût pour la patiente. Le prix est le même que la p16 pour une biopsie de col. Le correspondant qui reçoit le compte-rendu reconvoque la patiente et le lui transmet en lui expliquant le processus ainsi que la facture.

Les gynécologues sont-ils déjà sensibilisés à cette nouvelle technologie ?
PR : Les laboratoires ont encore peu diffusé d’informations aux gynécologues sur ce nouveau test. Moi-même, qui ai pourtant une importante activité de colposcopie de la Région Rhône Alpes, j’ai réalisé que ce test était arrivé à Lyon en recevant les premières patientes qui m’étaient adressées avec un résultat CINtec® PLUS.
L’usage du test reste encore limité et représente pour mon cabinet une trentaine de cas, sur 9 mois. Les congrès du collège régional de gynécologie à Lyon en décembre et de la SFCPCV à Jussieu en janvier seront autant d’occasions de sensibiliser les gynécologues à l’intérêt du test et de leur présenter les nouvelles recommandations.
ML : Nous envisageons d’organiser des réunions avec nos correspondants dès que les recommandations de l’INCA seront publiées. J’ai été invité par les collèges locaux. Au cours de ces discussions, nous insistons sur le fait que le test permet de sélectionner les patientes qui doivent voir un colposcopiste compétent. La diminution du nombre de patientes référées en colposcopie grâce à l’utilisation du test va permettre aux spécialistes de mieux prendre en charge des patientes qui le nécessitent vraiment. Il y a PLUS de chance de détecter une lésion sur les patientes CINtec® PLUS positives, le test permet donc de prioriser les patientes.

Quels sont les freins au développement du test ?
PR : La technique n’est pas simple et nécessite un temps de rodage certain pour les laboratoires d’anatomopathologie. D’autre part, le test n’est pas encore automatisé et demande une intervention humaine pour repérer les cellules présentant les marqueurs, soit une source potentielle d’erreur. Enfin, le risque d’inflation de l’utilisation du test est probable, comme pour la p16 demandée systématiquement lors des biopsies, ce qui pourrait induire des coûts élevés pour l’assurance maladie.
ML : C’est une organisation difficile à mettre en place, qui prend en compte la communication avec les gynécos. Il y a un temps de formation à la lecture non négligeable. Notre capacité s’améliore au fur et à mesure. Nos résultats deviennent maintenant fiables et reproductibles. Nous faisons bien sûr un suivi de contrôle qualité rigoureux à toutes les étapes. Comme le laboratoire veut être sans cesse à la pointe de l’innovation, nous travaillons à une automatisation de la lecture du CINtec® PLUS par ordinateur.

Selon vous, quelles sont les perspectives pour le test CINtec® PLUS ?
PR : Les gynécologues et cytologistes, qui font face à une baisse de la démographie de leurs spécialités, devraient accueillir ce test avec intérêt puisqu’il leur permettra de réduire le nombre de frottis de contrôles en cas de bas grades et de mieux cibler et dépister le cancer du col, au bénéfice des patientes.
ML : Avec ce nouveau test, nous restons dans la ligne qui a toujours guidé notre laboratoire depuis sa création : l’innovation en cytologie pour aider nos correspondants dans la prise en charge des patientes. ■

Les docteurs Raulic et Labadie déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt pour cet article.

Propos recueillis par Michèle Lieurade

RÉFÉRENCES
1. Petry KU, Schmidt D, Scherbring S, et al. Triaging Pap cytology negative, HPV positive cervical cancer screening results with p16/Ki-67 dual-stained cytology. Gynecol Oncol. 2011;121(3):505-509.
2. Schmidt D, Bergeron C, Denton KJ, Ridder R, European CINtec Cytology Study Group. p16/Ki-67 dual-stain cytology in the triage of AS-CUS and LSIL Papanicolaou cytology: results from the European equivocal or mildly abnormal Papanicolaou cytology study. Cancer Cytopathol. 2011;119:158-166.
3. Screening for Cervical Cancer Precursors With p16/ Ki-67 Dual-Stained Cytology: Results of the PALMS Study. Ikenberg H, Bergeron C, Schmidt D, et al. J Natl Cancer Inst. 2013;105:1550–1557