Élévation modérée du cortisol

Jean-Michel BORYSLa clinique est fondamentale pour évoquer le diagnostic et orienter les examens, notamment, les dosages du cortisol libre urinaire et de l’ACTH.

Le dosage du cortisol est de pratique courante dans le diagnostic des aménorrhées ou hirsutisme et revient parfois avec une valeur modérément élevée (moins de 2 fois la norme supérieure) posant la question des investigations complémentaires. Le cortisol est un stéroïde fabriqué par les surrénales sous l’influence de l’ACTH hypophysaire. Sa fonction physiologique est une contribution à la régulation du système immunitaire. C’est l’hormone du stress. Il a des effets anti-inflammatoires puissants, régule la pression artérielle, le métabolisme glucido-lipidique, la croissance osseuse, le sommeil….

La sécrétion du cortisol a un rythme circadien avec un maximum entre 6 et 8H du matin et un minimum le soir.

  • Les indications du dosage du cortisol en gynécologie sont l’exploration d’une dysménorrhée, un hirsutisme, une anorexie, une fatigue intense et permanente, une ostéoporose, de l’obésité…
  • Les conditions de dosage sont très importantes. Il doit être effectué le matin vers 8H, en évitant les situations de stress et l’activité physique avant l’examen. Certains médicaments perturbent le  dosage, le cas le plus fréquent est l’estrogène des estroprogestatifs qui peut augmenter significativement le taux de cortisol plasmatique de l’ordre de 50%. Cela est du à l’élévation de la transcortine sous l’effet des estrogènes. Entre le 3ème et 9ème mois de grossesse, la cortisolémie est 50% plus élevée et se normalise huit jours après l’accouchement. Le stress, l’alcoolisme et l’obésité augmentent également le taux de cortisol plasmatique.
  • Les causes d’hypercorticisme sont surrénaliennes (adénome ou cancer), hypophysaire (maladie de Cushing) ou paranéoplasique.
  • La clinique reste fondamentale pour orienter les examens. La prise de poids est modérée mais c’est surtout la répartition des graisses qui est évocatrice avec une obésité facio-tronculaire de type androïde, une atrophie musculaire et cutanée, une fragilité capillaire et une ostéoporose. La rupture des fibres élastiques de la peau est responsable de vergetures larges, verticales mais surtout colorées, rouges de l’abdomen, racine des membres, seins.

L’aménorrhée est habituelle par insuffisance gonadotrope liée au freinage hypothalamique induit par le cortisol et l’hirsutisme est discret. Il existe souvent une hypertension artérielle, une dépression.

  • Lorsque le taux de cortisol revient modérément élevé, la première question est celle du prélèvement, la personne était elle stressée, fatiguée ? Prend-elle un traitement ou une contraception à base d’estrogènes ? A-t-elle des signes cliques évocateurs ?

En l’absence de signes cliniques, une hyperthyroïdie non stabilisée, la prise d’estroprogestatifs ou la grossesse, l’anorexie, la dépression, l’alcoolisme chronique, l’obésité ou l’insuffisance hépatique sont les causes les plus fréquentes d’élévation non pathologique du cortisol.

  • Dans un second temps le dosage du cortisol libre urinaire apporte de précieux renseignements, car il est un fidèle reflet de la production quotidienne de cortisol indépendamment des interférences évoquées ci dessus. Si le cortisol libre urinaire est élevé (N 25 À 110 nmol/24H) il faut rechercher la cause haute ou basse de l’hypercorticisme. En cas de syndrome de Cushing quelque soit l’origine, le cycle du cortisol est perturbé et disparait, le dosage vespéral ou nocturne est proche de celui à 8H alors qu’il devrait être deux fois moindre. Le test à la dexamethasone permet de vérifier l’absence de freinage de l’ACTH et du cortisol.
  • Le taux d’ACTH permet de distinguer les origines surrénaliennes avec un ACTH effondré des autres causes d’hypercorticisme avec un ACTH normal ou élevé.
  • En l’absence de signe clinique, le cortisol libre urinaire normal éventuellement accompagné d’un cycle du cortisol ou d’un test de freination, permettra d’éliminer un hypercorticisme organique. C’est le cas entre autres de la prise d’estrogènes chez des femmes obèses dont la répartition androïde des graisses, l’érythrose, et l’HTA pourraient évoquer un syndrome de Cushing.

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts pour cet article